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 © Juliette Deshayes

Influences

ET

grand écran

Films, séries, résidences d’artistes et institutions comme la Villa Albertine nourrissent ce jeu d’influences où l’Amérique observe autant qu’elle est observée. Entre écrans et territoires, les images circulent, se transforment et esquissent une vision de l’Amérique en constante mutation. États d’Arts suit ces flux, là où l’imaginaire se réinvente.

©Elora Veyron-Churlet

Remember the ladies : à l’Ambassade de France, les femmes retrouvent leur place dans la Révolution américaine

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, et alors que les États-Unis s’apprêtent à célébrer les 250 ans de leur indépendance, l’Ambassade de France à Washington met à l’honneur celles qui ont contribué à la Révolution américaine.

​​​Ce vendredi 6 mars, à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, dans les salons de l’Ambassade de France à Washington, un écran affiche le thème de la matinée : « The role of French and American women during the American Revolution » ( le rôle des femmes françaises et américaines dans la Révolution américaine ).

À l’ouverture, une représentante de l’Ambassade rappelle que la promotion de « l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que les droits des femmes et des filles sur la scène internationale » fait partie des priorités diplomatiques françaises. Puis elle ancre brièvement son propos dans le présent, en invitant la salle à applaudir « les femmes iraniennes ».

Mais le cœur de la conférence se situe ailleurs : dans la manière dont l’histoire américaine a longtemps raconté la Révolution sans vraiment raconter les femmes.

 

La correspondance comme mémoire 

 

« Même si elles sont surveillées, les lettres sont une source absolument incroyable. Tout ce qui se disait autour des foyers se retrouve soudain écrit », explique Samantha Snyder, bibliothécaire à la George Washington Presidential Library. Dans les villes occupées, les femmes protègent leurs proches, négocient avec les soldats, maintiennent les foyers. « Les grandes révolutions se forgent aussi autour de la table de cuisine », rappelle-t-elle.

« Ces lettres donnent accès à des réalités autrement invisibles », complète l’historienne à l’université de l’Oklahoma. Car la Révolution ne se joue pas seulement dans les institutions : elle se vit au cœur des villes et des villages, où les femmes tiennent la société debout.

La France au cœur de la Révolution 

Les échanges entre la France et les États-Unis ouvrent les consciences. Même les esclaves gouttent à une certaine forme de liberté : le choix.  Sally Hemings, esclave de Thomas Jefferson, en est un excellent exemple. 

« Lorsqu’elle accompagne Thomas Jefferson en France, Sally Hemings, alors esclave, vit librement pour la première fois », explique Lauren Duval. « Au moment du retour en Virginie, Jefferson veut qu’elle le suive avec leur enfant à naître. Elle refuse, puis négocie. Selon son fils, elle obtient que tous leurs enfants soient libérés à leur majorité, à 21 ans. À seulement quatorze ans, elle impose ses conditions à l’un des hommes politiques les plus puissants des États-Unis. Elle ne sera jamais officiellement libre, mais ses enfants survivants le seront. » 

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Les couloirs de la Maison Française accueillent une exposition consacrée aux femmes de la Révolution américaine nous permettant de découvrir leurs visages et leur œuvre. ©Elora Veyron-Churlet

Paris devient alors l’un des centres névralgiques d’une diplomatie informelle, celle qui se joue dans les salons où se croisent élites françaises et américaines. Les femmes y occupent une place stratégique. L’historienne Lauren Duval cite notamment Madame Brillon, qui facilite l’accès de Benjamin Franklin à des cercles influents : « Ces espaces permettent de convaincre, de créer des alliances. C’est une diplomatie discrète mais décisive. »

Cette influence ne se limite pas aux salons parisiens. L’Américaine Sarah Jay, épouse de John Jay, révolutionnaire et président du congrès continental, accompagne son mari dans ses missions diplomatiques en Espagne puis en France. Selon Lauren Duval, « elle fait partie des rares femmes américaines à prendre part, de manière aussi directe, à la diplomatie en temps de guerre. À travers les événements qu’elle organise, les relations qu’elle entretient et le soutien intellectuel qu’elle apporte à son mari, elle participe, elle aussi, à cette mécanique diplomatique discrète, mais essentielle ».

La Française Adrienne de La Fayette, elle aussi, participe à cet entrelacement politique en entretenant des échanges avec George Washington, par lettres et cadeaux, contribuant à nourrir ces liens transatlantiques qui soutiennent la Révolution.

En mars 1776, Abigail Adams écrit à son mari John Adams : « Remember the ladies. » ( Souvenez-vous des femmes ). Et pour cause : la Révolution se fait aussi dans les mentalités : « Au début de la guerre, certaines femmes parlent de “la ferme de mon mari”. » Et à la fin, elles parlent de « “notre ferme”, elles ont pleinement permis une continuité économique. Et ce rôle dans la Révolution leur a donné une voix, pour prendre enfin leur place », conclut Lauren Duval.

Par Elora Veyron-Churlet

©Elora Veyron-Churlet

La Villa Albertine : Diplomatie culturelle française au coeur des États-Unis 

Aux États-Unis, la France déploie l’un de ses outils les plus singuliers de diplomatie culturelle : la Villa Albertine. Depuis cinq ans, cette institution organise des résidences d’artistes à travers tout le territoire pour renforcer les liens culturels entre les deux pays.

« Notre travail, c’est de rapprocher la France et les États-Unis par les arts et par l’éducation », explique Mohamed Bouabdallah, diplomate de carrière et actuel responsable de l’institution. Créée au sein de l’Ambassade de France, la Villa Albertine coordonne les échanges artistiques, universitaires et éducatifs entre les deux pays.

Contrairement à d’autres programmes artistiques internationaux, la Villa Albertine adopte un modèle atypique. Les artistes sélectionnés ne sont pas accueillis dans un lieu unique, mais voyagent à travers les États-Unis. Chaque année, une soixantaine de créateurs, chercheurs ou penseurs francophones bénéficient de résidences de recherche pouvant durer jusqu’à trois mois.

« On voulait permettre aux artistes de rester plus longtemps aux États-Unis, de rencontrer des gens, de faire des recherches et de se laisser inspirer par le territoire », rajoute Mohamed. Cette approche « hors les murs » leur permet d’explorer une grande diversité de lieux : de l’Alaska au Dakota du Sud, de Miami à San Francisco.

Une présence culturelle sur tout le territoire américain

Si le siège de la Villa Albertine se trouve à New York, son action dépasse largement les murs de la ville. L’institution s’appuie sur un réseau de dix antennes réparties dans les grandes métropoles, de Los Angeles à Chicago, en passant par Houston ou Boston, qui servent de plateformes pour déployer ses programmes sur l’ensemble du territoire.

Car la Villa Albertine ne se limite pas aux résidences artistiques. Elle mène aussi une politique éducative ambitieuse, notamment à travers l’enseignement du français dans les écoles publiques américaines. Près de 200 établissements, répartis dans quarante États, participent aujourd’hui au programme French for All, rendant l’apprentissage de la langue accessible gratuitement.

Dernier projet en date : les La Fayette Fellowships, des bourses destinées à offrir à des étudiants américains une année d’études en France. Un programme qui illustre l’ambition nationale de l’institution, capable de toucher des candidats venus de tout le pays, jusqu’en Alaska ou à Porto Rico.

Une sélection exigeante

Pour intégrer le programme, les artistes doivent répondre à un appel à candidatures ouvert. Environ 600 dossiers sont déposés chaque année, pour une soixantaine de résidences attribuées.​​​​​

Les projets sont examinés par plusieurs jurys composés majoritairement d’acteurs culturels américains, directeurs de musées, cinéastes ou responsables d’institutions artistiques. La sélection finale est présidée par Glenn Lowry, ancien directeur du Museum of Modern Art (MoMA) à New York.

« On offre une grande liberté dans les projets, mais la sélection est très rigoureuse », précise Mohamed Bouabdallah. Les disciplines représentées sont multiples : cinéma, littérature, arts visuels, musique, chorégraphie ou même les nouveaux médias.

Une tradition historique 

Le service culturel français aux États-Unis naît pendant la Seconde Guerre mondiale. À New York, Claude Lévi-Strauss, réfugié après avoir fui la France de Vichy, en pose les bases à la demande de Charles de Gaulle. Dès l’origine, l’objectif est clair : faire de la culture un véritable outil d’influence.

Si Washington incarne le pouvoir politique, New York s’impose comme le cœur culturel. Depuis 1952, les services culturels français y sont installés dans la Payne Whitney Mansion, devenue par métonymie la Villa Albertine. Plusieurs tentatives de transfert vers Washington ont échoué, tant cette implantation paraît évidente.

Mohamed BOUABDALLAH, diplomate de carrière, conseiller culturel de France et directeur de la Villa Albertine, ​​où il coordonne les initiatives culturelles et les échanges artistiques entre la France et les États-Unis. ©Elora Veyron-Churlet

« C’est une vieille tradition en France. La diplomatie culturelle existe presque autant que la diplomatie elle-même », rappelle le directeur de la Villa Albertine. « Autrefois, elle passait par les métiers d’art, les arts de la table, ou encore les fêtes somptueuses au Palais de Versailles, où l’on recevait les ambassadeurs de toute l’Europe. Il y a cette idée que le rayonnement et le prestige participent à la défense des intérêts, des valeurs et des principes du pays. »

Aujourd’hui, la logique demeure, mais elle s’est transformée. « L’idée, c’est qu’on ait des choses qui se passent au plus près du terrain », poursuit Mohamed Bouabdallah. Moins de fastes, plus de présence : « Il ne s’agit plus d’impressionner en invitant les gens chez l’ambassadeur ou chez moi, mais de créer des rencontres et des projets sur place, directement au contact des populations. »

Miser sur les générations futures

Dans un contexte international parfois tendu, la diplomatie culturelle apparaît pour Mohamed Bouabdallah comme un outil stratégique à long terme.

« Il existe un risque de dérive géopolitique entre l’Europe et les États-Unis. Notre pari est de travailler avec les nouvelles générations », explique-t-il. L’objectif : créer des liens durables entre les sociétés française et américaine.  « Si les futurs leaders américains ont vécu une expérience forte avec la France, dans la culture, l’éducation ou la recherche, ils auront naturellement envie de maintenir cette relation », estime le diplomate.

   Par Elora Veyron-Churlet et Nathan Brisbois

 

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 Anne Takahashi (à gauche) ©Elisa Manuguerra / Stéphane Demoustier (à droite) ©Bertrand Guay/AFP.

Le cinéma français à New York : un îlot précieux, mais fragile

Entre prestige et fragilité, le cinéma français se déploie à New York. Lors du Rendez-Vous With French Cinema 2026, festival mettant à l’honneur le cinéma français, le Lincoln Center devient un lieu de découverte pour le public américain. Films d’auteur et jeunes talents se croisent pour transmettre l’art du cinéma français aux spectateurs.

Devant le Lincoln Center, la file s’étire avant le début de la projection. Le lieu prestigieux au cœur de New York accueille une nouvelle fois le festival Rendez-Vous with French Cinema. 

Ce soir-là, en 2015, le réalisateur français Stéphane Demoustier découvre la scène avec étonnement. Son premier film, Terre Battue, sorti l’année d’avant, y est projeté. Il redoutait une salle vide, mais ce fut l’inverse : « Ma crainte c'était qu'il n'y ait personne. Et j'étais très étonné que la salle soit pleine. Il y a même des gens qui revendaient des places car c'était complet. Je me suis dit qu’il y avait un marché noir. Ça me paraissait irréel. »

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« Je vois New York plus que jamais comme un îlot »

- Stéphane Demoustier 

Onze ans plus tard, en 2026, le décor semble inchangé. À New York, le cinéma français attire toujours. Mais derrière ces salles combles, une réalité plus fragile se dessine. « Je vois New York plus que jamais comme un îlot », décrit Stéphane Demoustier. La ville reste alors une enclave culturelle, un espace pour un cinéma qui persiste au milieu d’un marché dominé par les blockbusters hollywoodiens.

Image issue du film L’inconnu de la Grande Arche (2025) de Stéphane Demoustier. Il relate l’histoire de la construction de La Grande Arche de la Défense, édifice emblématique à l’ouest de Paris. ©Le Pacte

2026 : une édition en croissance

 

La 31ᵉ édition du Rendez-Vous With French Cinema incarne cette dynamique d’héritage du cinéma français à New York. Du 5 au 15 mars derniers, les 22 projections de films français ont attiré un public en nette augmentation. 23 % de plus par rapport à 2025.

 

Cette progression s’inscrit dans une dynamique plus large à l’international. En 2025, les films français ont attiré 42,5 millions de spectateurs à l’étranger, en hausse de 6 % par rapport à 2024, selon les estimations d’Unifrance, organisation faisant circuler le cinéma français à l’international, en début d’année.

 

Mais selon Anne Takahashi, représentante d’Unifrance aux États-Unis : « Après l'Asie, c'est vraiment le cinéma européen qui fonctionne le mieux à l'étranger. Mais aux États-Unis, c’est beaucoup plus petit. Les résultats du box-office des films américains à gros budget, ça ne peut pas être comparé avec les chiffres français, malheureusement. »

 

La difficulté principale, selon elle, est de faire en sorte que le public américain se déplace pour voir des films qui ne sont pas en anglais : « Ça n'arrive jamais qu'ils [les américains] voient des films étrangers. C’est quand même très rare. » 

 

Une tendance qui, cependant, vise à évoluer au fil des années : « Je pense que ça change avec les Oscars. Il y a quand même beaucoup de films en langue étrangère qui arrivent à être nominés dans pleins de catégories, ce qui n'était pas du tout le cas avant », nuance Anne. 

Dans ce contexte, des événements comme le Rendez-Vous With French Cinema, organisé chaque année au Lincoln Center et dédié à la promotion du cinéma français auprès du public américain, apparaissent comme des relais essentiels pour accompagner cette ouverture. Stéphane Demoustier, réalisateur français dont le film L’inconnu de la grande arche (2025) fait partie de la sélection cette année, insiste sur leur importance : « Le festival, c’est très précieux parce qu’il n’y a pas tant que ça d’événements qui exposent le cinéma français », en ajoutant que « le fait que mon film, ou plus largement le cinéma français puisse, pendant un moment, pendant une semaine, élire domicile là, ce n’est pas rien ».

 

Si New York offre un public attentif et des festivals prestigieux, elle reste un défi pour les cinéastes français de s’y exporter sans perdre leur identité. Stéphane Demoustier avertit : « Le risque, c’est d’être gobé par Hollywood. Mais la grande réussite, c’est quand tu réussis à rester toi-même, tout en évoluant ici, en bénéficiant des moyens et de l’exposition qu’ils offrent. »​​​​​

Photo issue du film  L’inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier. Lors des César 2026, le film a été lauréat de deux prix : César des Meilleurs effets Visuels et César des Meilleurs décors. ©Le Pacte

Transmission générationnelle et rôle éducatif

 

Au-delà de la fréquentation générale, le festival Rendez-Vous with French Cinema tente de jouer un rôle de transmission générationnelle. Sur les 10 500 billets distribués cette année, 897 étudiants ont pu assister à des projections éducatives gratuites. Cette attention portée aux jeunes publics se retrouve aussi dans l’organisation du jury étudiant du festival : un jury composé de six étudiants, issus de collèges et d’universités new-yorkaises spécialisés en cinéma et études françaises, a décerné le Best Emerging Filmmaker Award. 

Cette démarche reflète une approche plus large portée par les organisateurs du festival et par Unifrance : faire du Rendez-Vous un lieu de rencontres intergénérationnelles et permettre aux jeunes de découvrir, questionner et s’approprier le cinéma français.

En parallèle du festival, le programme Young French Cinema, porté par Unifrance et la Villa Albertine, joue un rôle clé dans la promotion des jeunes talents français et dans la transmission générationnelle à New York. Après une année de pause, sa 11ᵉ édition propose six longs-métrages récents, encore inédits en Amérique du Nord, qui partent à la rencontre des publics américains et canadiens à travers des salles art et essai, des festivals, des universités et d’autres institutions culturelles.

 

Anne Takahashi explique : « Ça nous permet de montrer des films qui ne sont pas vendus. Et parfois, ils se vendent pendant le programme, donc c’est aussi pas mal de pouvoir aider, si jamais, à rendre ce cinéma-là un peu plus visible. » 

 

Cette initiative favorise un échange enrichissant avec le public américain et offre une perspective sur les questions contemporaines tout en soutenant la jeune génération de cinéastes français. Avec l’initiative Young French Cinema, le festival s’inscrit dans la continuité d’une tradition française à New York : faire rayonner le cinéma français, créer des passerelles avec de nouveaux publics et nourrir un héritage culturel.​​​​

Par Clarence Leblancs et Elisa Martarello

©Elisa Manuguerra 

New York, un mythe mondial porté par l’image

Aujourd’hui, New York se visite à travers les images qui l’ont rendue célèbre. Trottoirs de Manhattan, façades devenues cultes, lieux de tournage emblématiques : autant de repères forgés par le cinéma, les séries et, désormais, les réseaux sociaux qui prolongent leur diffusion. Au fil des décennies, un imaginaire collectif s’est construit autour de la ville. Pour de nombreux visiteurs, l’expérience relève désormais d’une forme de reconnaissance, comme si la fiction avait, depuis longtemps, tracé le chemin du voyage.

Écriture et images par Elisa Manuguerra, montage et voix par Cristelle Bluteau

Avec ​Tim Dowd, acteur et guide pour l’entreprise On Location Tours à New York.

Charlotte Deflassieux, directrice cinéma, télévision et nouveaux médias, Villa Albertine

Par Cristelle Bluteau et Elisa Manuguerra

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